6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 21:22

Article paru dans Marianne2 :

Les élections européennes commence à dessiner des tendances. L'UMP résiste pour le moment à l'érosion des petites listes. En revanche, à gauche, les jeux sont ouverts et le PS se retrouve en difficulté entre les centristes et les plus radicaux.

Une grille d'analyse du champ politique en mutation
Le Front de gauche à la conquête de l'Europe

Le politologue Eric Dupin analyse les enjeux des élections européennes de Juin en annonçant quatre batailles. Une bataille pour la première place entre le PS et l’UMP. Une bataille pour la seconde place entre PS et Modem. Et deux batailles pour le leadership des extrêmes, à gauche entre le NPA et le FG et à droite entre le FN et Libertas. Cette grille de lecture fait preuve d’un épouvantable classicisme qui réduit la vie politique à un exercice de géométrie unidimensionnelle et tient pour acquis la pérennité de la bipolarisation entre les deux grands partis de gouvernement. Je la laisserais donc volontiers aux analystes ronronnant de C dans l’air pour en proposer une autre, qui consiste à rechercher les premiers effets de la crise politique qui devrait logiquement suivre la crise économique et sociale que nous connaissons depuis l’été.

Selon cette grille d’analyse, les deux partis qui se sont succédé au pouvoir depuis trois décennies sur la base du « consensus de Bruxelles », sont entrés dans une profonde crise idéologique, incapable de penser l’écroulement du système dans lequel ils avaient forgé leur catéchisme. La droite attend bêtement la reprise pour reprendre avec entrain son chant des réformes d’adaptation à un ordre économique pulvérisé par la crise. Quand à la gauche, pour reprendre l’excellente formule du sénateur Mélenchon, «
Elle vit dans un monde qui n’existe plus : celui du compromis entre le capital et le travail dans un cadre national »

En toute logique, devrait progressivement émerger une nouvelle droite et une nouvelle gauche à partir d’une critique nouvelle du système néolibéral mondialisé. N’attendons pas en effet l’émergence d’une nouvelle force révolutionnaire qui balayerait droite et gauche comme deux faces d’un même tout. La pensée occidentale est dualiste. Le renouvellement des idées et des forces politiques aura nécessairement deux faces lorsque ces alternatives seront suffisamment matures et stabilisées pour renverser les rapports de forces dans leur camp.

A coté de la gauche et de la droite « officielles », on relève dans chaque camp deux courants dissidents

A gauche :

L’écologie radicale décroissante : on voit renaître une contestation écologique avec la liste Bové-Cohn Bendit qui tend à se définir comme une alternative à part entière, rompant ainsi avec l’héritage des verts qui se définissait comme l’aiguillon écolo d’une gauche plurielle dont le PS était le point central. Elle s’élève contre le productivisme et le consumérisme et veut profiter de la crise pour changer de modèle de développement.

Le socialisme néo-moderne : la scission à la gauche du PS qui a eu lieu au moment du congrès a vu l’émergence d’une nouvelle force « vraiment de gauche » sur le modèle allemand de Die Linke. Pour
le parti de gauche, la crise est liée à l’épuisement du capitalisme néolibéral. Elle propose de réinventer une idéologie de gauche et un modèle de société pour le 21ème siècle, que son maître à penser Jacques Généreux, qualifie dans son dernier bouquin (1) de socialisme néo-moderne. Cette force s’appuie en réalité sur toute l’extrême gauche, plus radicale dans la contestation mais moins prometteuse sur le plan de l’alternative.

A droite :

Le républicanisme humaniste et conservateur : depuis l’échec de son projet de rassemblement des meilleurs des deux camps sur une ligne rigoureusement conforme au consensus de Bruxelles, François Bayrou tente de se repositionner sur un créneau antisystème. Il s’agit toujours de dépasser le clivage gauche-droite (il faut bien justifier le positionnement au centre) mais cette fois, non plus pour en faire la synthèse mais pour le renverser (2). Il croit avoir trouvé sa doctrine dans ce que l’un de ses maîtres à penser, Jean François Kahn (l’autre étant Peyrelevade) appelle le centrisme révolutionnaire (3). Il s’agit plus modestement d’une défense du modèle républicain français contre le modèle anglo-saxon véhiculé par la mondialisation, dont Sarkozy serait le vecteur en France et dont la crise révèlerait l’impasse.

Le souverainisme nationaliste ou protectionniste : le courant républicain et souverainiste est déjà ancien dans la vie politique. Dans les années 90, il fût représenté par Seguin et Chevènement puis par Villers et Pasqua. Aujourd’hui, il se subdivise en deux forces politiques distinctes, Libertas avec Philippe de Villiers à la sensibilité plus identitaire et Debout la République avec Nicolas Dupont-Aignan plus orienté sur la réforme du projet politique et économique de l’union européenne. Mais les deux ont en commun de proposer une rupture avec l’ordre économique mondial dans le cadre d’un protectionnisme européen.

Un renversement de l'échiquier politique

L’enjeu premier de ces élections européennes sera de mesurer le rapport entre la droite et la gauche officielle et les dissidences de chaques camps. Lors des dernières élections en 2004, la droite et gauche parlementaires ont largement dominé leur camp avec des scores autour de 29 % (4). Cette bipolarisation tranquille a abouti au duel annoncé de 2007. En revanche en 1999, droite et gauche ont été dominés par leurs oppositions internes en plafonnant chacun à 22%, ce qui a conduit au 21 avril 2002 ! En raison du scrutin proportionnel, les élections européennes sont avant tout un révélateur du degré de stabilité ou d’instabilité du système politique.

Au cours des prochaines élections, il ne semble pas que l’hégémonie de l’UMP à droite puisse être sérieusement menacée. En revanche, un avis de tempête menace le parti socialiste. Pris en tenaille entre le conservatisme républicain de Bayrou, la radicalité de Mélenchon et la rupture écologiste, le PS n’a jamais été aussi prêt de l’effondrement.

A un niveau proche de son étiage (22%) en ce début de campagne, il semble déjà définitivement incapable de développer le moindre thème de campagne audible, si ce n’est d’appeler à une alternance anti-Barroso à laquelle personne ne croit depuis que les partis « socialistes » anglais et espagnols lui ont assuré de son soutien. De plus, aucun leader ne semble pouvoir s’imposer pour conduire cette campagne et y impulser une dynamique. Il est d’ailleurs probable que plus la catastrophe s’annoncera moins les vocations pour endosser la responsabilité de l’échec seront nombreuses.

De son coté, Bayrou avec la sortie de son bouquin a de nouveau la faveur de médias et s’impose de plus en plus comme l’opposant numéro 1 à Sarkozy. Mais c’est davantage du coté de Mélenchon qui vient la principale menace pour le PS.

Même si les sondages ne créditent encore le front de gauche que de 5.5%, il semble bien bénéficier d’une réelle dynamique en sa faveur. Les sondages montent. Mélenchon crève l’écran à chacune de ses interventions dans les médias. Et 15 économistes, parmi lesquels Jacques Sapir, viennent de signer un excellent texte de soutien intitulé « Pour sortir du dirigisme libéral » ce qui est un signe certain d’un début d’engouement des milieux intellectuels pour cette nouvelle gauche. Si les catégories populaires, toujours tardives à se manifester dans les sondages, se laissaient séduire par la gouaille de Mélenchon et son discours sans concession, un renversement brutal du rapport de force pourrait bien avoir lieu dans un remake des européennes de 1994, qui avaient vu le présidentiable du PS de l’époque (Michel Rocard) exploser en plein vol et ne jamais s’en remettre. Mais cette fois, ce ne serait pas seulement un présidentiable qui disparaitrait, mais le parti tout entier en tant que force d’alternance au niveau national.

Malakine

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