7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 13:27


Une injonction européenne : la réduction des déficits publics

Avec ses 14 propositions pour l'école, F. Fillon déclare s'inscrire dans une « continuité historique » et se réclame aussi bien de la réforme Haby de 1975 (sous Giscard) que de la loi d'orientation de 1989 (sous Jospin). De fait, contrairement à ce que pourraient laisser penser les très médiatiques polémiques entre la gauche et la droite et les sensibilités politiques affichées, un consensus s'est imposé au sein de l'exécutif français depuis une trentaine d'années sur la meilleure façon d'améliorer le système éducatif, c'est-à-dire de le « moderniser », d'optimiser son « efficacité ».  Fillon s'inscrit donc bien dans la lignée de ceux qui, à gauche comme à droite, ont entrepris de soumettre l'école aux injonctions ultra-libérales de la commission européenne obsédée (depuis Maastricht en 1992) par la réduction des déficits publics. Ainsi de Lang à Fillon en passant par Bayrou, c'est toujours la même rhétorique et les mêmes intentions nobles qui forment l'alibi de contre-réformes dont un des buts, inavouable mais obstinément poursuivi, reste d'abaisser toujours plus le coût de l'enseignement public.

Un exemple de conséquence : la réduction des horaires de cours

On observe ainsi la diminution régulière, réforme après réforme, du nombre d'heures de cours dispensées aux élèves, de façon à donner plus de classes à chaque enseignant (et à réduire ainsi le nombre de postes). A titre d'exemple, on retiendra qu'au début des années 70 (avant la réforme Haby), un élève de 6ème bénéficiait de 6 heures de français hebdomadaires dont 3 en demi-groupe. Aujourd'hui (et depuis 2002), le même élève doit se contenter de 4 heures 30 en classe entière. Au total, en quatre années de la 6ème à la 3ème, les collégiens ont perdu l'équivalent d'une année de cours de français. Mais l'enseignant, lui, a doublé le nombre de ses classes (et de ses élèves), ce qui lui permet sans doute de pratiquer le suivi individuel avec une meilleure pertinence !

Par ailleurs, les innovations pédagogiques ont offert à la logique de réduction des horaires un prétexte facile. A titre d'exemple, depuis la loi d'orientation de 1989, un des axes privilégiés de la politique éducative est la lutte contre le savoir disciplinaire. Contre l' « empilement des connaissances »  et les dangers - inlassablement réaffirmés, jamais démontrés - du « cloisonnement » disciplinaire, nos modernes réformateurs ont la parade : l'interdisciplinarité et sa vertueuse transversalité. Ainsi sont nés les « parcours diversifiés » de Bayrou, les « itinéraires de découvertes » et les « travaux personnels encadrés » de Lang, tous également accompagnés d'une réduction de l'horaire de cours disciplinaire qu'ils étaient censés compenser par les mérites d'une « pédagogie innovante » et donc nécessairement « performante » !

Le vrai mérite de ces dispositifs interdisciplinaires est pointé par Ségolène Royal, Claude Allègre et Christian Sauter lors de la Commission d'enquête sénatoriale du 24 mars 1999 (in Corinne Abensour, De la destruction du savoir en temps de paix, éd. Mille et une nuits) : « Mr Francis Grignon, rapporteur, s'est demandé comment former les enseignants à leur rôle d'encadrement qui s'ajoute à leur mission traditionnelle de transmission des savoirs. Il a constaté que la spécialisation disciplinaire des enseignants du second degré constituait un obstacle à cette évolution ». Les professeurs, plus que les élèves, sont donc visés, et précisément leur formation que l'on souhaite « déspécialiser », orienter vers davantage de polyvalence en les confrontant à des situations d'enseignement interdisciplinaire. En attend-on une amélioration de leurs compétences ? Les choses ne sont pas formulées en ces termes : « la multiplication des filières et des options, ainsi que la faible polyvalence des enseignants dans l'enseignement secondaire ont en effet un coût ». Or précisément « la mise en œuvre de la réforme pédagogique devrait permettre de rationaliser le système éducatif »... Si l'interdisciplinarité a la cote, c'est donc entre autres parce qu'elle permet de faire des économies ! De fait, les heures d'enseignement supprimées par la mise en place des dispositifs interdisciplinaires n'ont jamais été restituées lorsqu'il est arrivé que l'un de ces dispositifs disparaisse. Quant à savoir si les élèves en ont retiré un profit quelconque dans le cadre de leur scolarité... nul ne semble s'en préoccuper : aucune de ces « innovations » n'a jamais été évaluée autrement qu'en termes comptables !

UN RÉSULTAT : UN ÉCHEC SCOLAIRE MASSIF ET UN ACCROISSEMENT DES INÉGALITÉ

Passons sur d'autres effets pervers de ces dispositifs, comme l'appauvrissement des contenus, la diminution de la part de culture générale et de l'apprentissage de la critique (outils véritables de l'émancipation), l'introduction du contrôle continu au baccalauréat... La réduction des horaires de cours constitue en soi une dégradation importante des conditions d'apprentissage et accentue les inégalités liées à l'origine familiale.

De fait, l'échec scolaire est aujourd'hui massif. Les inégalités n'ont fait que s'accroître. À titre d'exemple, l'accès des élèves d'origine ouvrière aux grandes écoles n'a fait que régresser (12,2 % d'entre eux accédaient à Polytechnique en 1977, 7,8 % en 1989-1993, 0,8 % en 2000 ; concernant l'École normale supérieure, ils étaient 16,4 % en 1977, 6,1 % en 1989-1993, 1,8 % en 2000). Curieusement, aucun lien n'est jamais établi entre la réduction des heures de cours, par exemple en français, et la maîtrise toujours plus problématique de la langue par nos jeunes, au lycée mais aussi  aujourd'hui dans le supérieur. Mieux, lors des dernières élections présidentielles, les projets concernant l'Education des deux candidats au second tour s'articulaient identiquement autour du « soutien scolaire », ce qui prouve assez que l'échec est aujourd'hui un dysfonctionnement considéré comme « normal » par ceux qui se sont chargés depuis trente ans « d'améliorer le système éducatif ». Autant dire qu'il ne faut pas compter sur eux pour interroger la logique qui a permis de légitimer l'appauvrissement de l'enseignement dispensé dans nos établissements.

Une nécessité : voter le 7 juin pour une politique de vraie rupture, le Front de gauche

Il est évidemment douloureux de constater à quel point un parti qui incarnait une certaine gauche a collaboré à la mystification de ceux qu'elle était censée servir. Citons la sociologue Sandrine Garcia (La Machine à punir, pratiques et discours sécuritaires, « Violence scolaires, la faute à l'école ? », L'Esprit frappeur, 2001) :

« C'est là une des contradictions exercées sur les milieux populaires par ceux qui définissent  les finalités de l'école [...] : on leur donne accès à quelque chose dont on transforme la valeur, et on masque cette transformation en agissant sur les seuls indicateurs officiels disponibles : notes, accès à tel ou tel « niveau » officiel, taux de redoublement, etc. »

Ces quelques remarques doivent au moins nous convaincre qu'aujourd'hui, si nous voulons que les choses changent dans le domaine de l'Éducation, le vote socialiste n'est certainement pas le « vote utile » !

Cercle Education de la VIENNE
. Juin 2009

Rejoignez nous !

Adhérer - Contacter - Forum

adhesion.png

Pour nous contacter dans le Loiret : cliquez ici

Pour rejoindre le forum
(réservé aux adhérents 45) : cliquez ici