10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 19:25


La République du Centre a parfaitement le droit de s’engager politiquement, d’avoir la ligne éditoriale qu’elle désire et donc afficher clairement ses distances avec le Front de Gauche. Mais l’esprit des réglementations sur l’égalité de traitement des candidats dans les médias en campagne officielle est très clair. Même si aucune loi concernant la presse écrite n’existe sur le sujet, celles encadrant l’audiovisuel posent une attente d’égalité de traitement des candidats. Il s’agit bien d’égalité et non d’une équité qui n’existe de toute façon jamais… Et surtout pas à la République du Centre.
 

La double page que ce journal consacre dans chaque circonscription aux candidats « importants et sérieux » est, de notre point de vue, une enième attaque faite au Front de Gauche par ce journal. Dans la même période, le rassemblement place du Châtelet le 29 mai dernier, contre le nouveau traité européen et en présence de trois candidats du Front de Gauche n’a pas fait l’objet d’un article.
 

Sur les 5 premiers débats organisés, aucun n’a été effectué en présence d’un candidat du Front de Gauche tenus systématiquement écartés. Même lorsque le débat a été organisé entre 4 candidats (comme sur la troisième circonscription) la République du Centre a préféré le candidat du FN et du Modem (en plus des inévitables PS et UMP) offrant ainsi 75% du temps de parole à la droite contre 25% à la gauche. Sur la deuxième circonscription il a permis une double page de réclame faite à S. Grouard et C. Chaillou (ces « immenses animaux politiques » dominant totalement de leur magnificence les autres candidats au point qu’il n’est pas utile de leur consacrer un temps équivalent). Dans cette même circonscription, ces deux candidats (et eux seuls) ont eu le droit de présenter leur profession de foi, privilège qui n’a été accordé à aucun autre candidat. Après leur avoir consacré deux pages la semaine d’avant, une demi-page pour présenter leur profession de foi semblait indispensable au journal. Sujet passionnant, puisque tous les électeurs allaient bientôt la recevoir dans leurs boîtes à lettres, mais il est vrai que le suspense était insoutenable. Sur la sixième circonscription, le débat a concerné trois candidats (UMP, Nouveau Centre, PS), 66% pour la droite, 33% pour le centre-gauche, 0 pour le Front de gauche. Sur la cinquième circonscription, même débat à trois le FN remplaçant le NC poursuivant le travail de normalisation du FN. Seul le dernier débat devrait voir F. Demaumont invité pour le Front de Gauche (un débat sur six, donc).
 

Sur quels critères, autres que le soutien politique de la République du Centre à ces candidats, ont-ils été sélectionnés ? L’équité politique ? Un débat entre trois candidats de droite et un du centre-gauche leur paraît-il refléter l’évolution politique de notre pays ? Le nombre de voix aux dernières élections ? Nous avons réalisé de meilleurs scores que le Modem à toutes les élections auxquelles nous avons participé depuis notre création en 2009 (dont les dernières: 11.1% contre 9.5% au premier tour des élections présidentielles). De même, pour le Nouveau Centre dont le candidat aux présidentielles H. Morin a connu l’échec que l’on sait.
 

La volonté délibérée de permettre à nos principaux adversaires de s’exprimer avec des arguments sans que nous puissions réagir dans les mêmes conditions est catastrophique pour nous et la République du Centre le sait. Ils ne peuvent l’ignorer. Il faut rappeler que ce journal profite du monopole de l’information quotidienne écrite, au moins sur l’agglomération et qu’à ce titre un peu de retenue dans l’affichage de ses soutiens, serait un minimum de respect pour ses lecteurs de gauche, au moins en période de campagne officielle. Quant à la disproportion entre les candidats de droite et ceux de gauche…
 

Contactée par nos soins, la rédaction assume pleinement et nie le travail d’évitement du Front de Gauche. Ils argumentent. Les candidats invités sont choisis parce qu’ils sont les plus connus, donc les plus légitimes. Le critère de choix est donc la notoriété. Intéressant : ceux qui sont en place et défendent des idées déjà mises en place depuis trente ans doivent avoir davantage la parole que ceux qui sont nouveaux et dont les idées n’ont jamais été mises en place. Cela révèle une ligne éditoriale conservatrice. En pleine période de crise il faudrait donc continuer surtout dans le même sens. « On n’est pas là pour refaire le monde » nous ont-ils répondu… On l’avait remarqué.
 

La ligne est claire : ne touchons pas à cette société en crise et évitons de donner trop la parole à ceux qui voudraient modifier le système. Quelle est cette conception de la démocratie organisant des débats avec les favoris du deuxième tour dès le premier ? La République du Centre plaide-t-elle pour une modification du scrutin afin de supprimer le premier tour ? Elle confond une campagne électorale et le PMU (il est vrai que les pages politiques, météo et tiercé sont très proches dans ce journal). D’autre part, d’où vient la notoriété de ces candidats ? Soit du fait qu’ils sont sortants (voir plus haut). Soit ils sont des élus locaux (maires, conseillers généraux, etc). En quoi le fait d’être maire d’une ville de 5000 habitants vous donne-t-il une légitimité particulière pour parler de la dette des Etats européens, des solutions à la crise financière internationale ? En quoi le fait d’être adjoint à la sécurité dans une mairie vous rend plus intéressant pour parler de la santé en France qu’un professeur d’histoire jamais élu ou qu’une salariée d’une mutuelle ? Sauf à croire à la carrière des honneurs comme dans la République romaine… Et les mêmes se plaindront hypocritement que la majorité des députés cumulent des mandats et sont des hommes de 60 ans ! A qui la faute ?
 

Enfin, notre demande de rendez-vous a été rejetée par manque de temps (soit) mais surtout parce que notre démarche de critique de leurs pratiques journalistiques est jugée « agressive ». Là aussi le terme est très intéressant. Car les éditoriaux de Jacques Camus sur le Front de Gauche et Jean-Luc Mélenchon, eux se résument en trois mots : talent (quand même), démagogie, populisme. Autrement dit, la conception qu’a la direction de ce journal de son métier est celle d’une vache sacrée. Eux ont le droit de critiquer, avec virulence et la plupart du temps avec une argumentation que l’on qualifiera gentiment de… simple. D’ailleurs, quand ils critiquent, c’est la liberté d’expression qui s’exprime. Enfin un point sur lequel nous sommes d’accord. Pas de liberté d’expression sans esprit critique, même si ce dernier se pratique toujours à géométrie variable, à la République du Centre comme ailleurs. Mais lorsque des responsables politiques du coup, se sentent le droit de répliquer et de critiquer le travail des journalistes alors là ils sortent l’arme lourde : nous sommes violents, agressifs, antidémocratiques (car ils sont la démocratie), contre le journalisme (car le journalisme est un tout), contre la liberté d’expression (car ils sont la liberté d’expression).
 

Cette tribune poursuit le travail mené par le Front de Gauche sur les médias. Il consiste à faire tomber les masques et notamment celui de la pseudo-objectivité des médias dominants, libéraux et conservateurs. Il s’agit de montrer à nos sympathisants que certains journalistes sont davantage des militants que des chercheurs d’infos. Nous leur en reconnaissons volontiers le droit, mais dès lors nous en tirons la conséquence politique qui s’impose à nous : puisqu’ils sont des militants, nous les traiterons comme tels et les combattrons.

Nicolas Cléquin, porte-parole du Parti de Gauche dans le Loiret

Publié par Nicolas CLEQUIN - dans Audiovisuel - Presse écrite - Radio

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